camp gap marseille

camp gap marseille
« y'a des questions que je me pose des questions que je me pose...” Voilà commence mon histoire... Ma putain d'histoire... En boucle toute la journée dans mes oreilles...
Encore une journée qui commence avec cette chanson qui résonne dans ma tête. Je ne peux m'empêcher de l'écouter, de la chanter tout bas. Depuis ce fameux jour de juillet, ce putain de chiffre sur le calendrier... Cette date qui est à la fois un début, une fin ; un commencement, un anéantissement ; un renouveau, enfin je l'espère...


Les stations défilent devant mes yeux, je suis incapable de bouger de mon strapontin, j'écoute, réécoute cette chanson, en essayant de trouver la réponse à toutes mes questions. Pourquoi ? Impossible ! Je me disais encore ça il y a quelques semaines. Non c'est impossible, pas eux. Si seulement je pouvais revenir en arrière... Je sais c'est impossible, mais si seulement je pouvais, si seulement...


J'ai même pas la force de me lever de mon siège . Les personnes défilent devant moi, toutes plus fermées les unes que les autres. Souvent j'imagine ce qu'elles peuvent faire dans la vie. Je pense tomber juste de temps en temps, mais voilà aujourd'hui ça n'a plus d'importance. Aujourd'hui je n'ai pas envie, je sais même pas pourquoi je suis ici. De toute façon je peux pas décoller de ce siège. J'arrive même pas à pleurer.


« Un peu de tendresse au milieu du bistro...” En boucle. Je remets tout en question. Je sais même pas si je vais rester dans cette ville, surtout si je vais pouvoir. Je pourrais retourner d'où je viens... Je sais pas, je sais plus... Je crois qu'en fait je ne veux pas oublier. J'espère encore peut être, je n'arrive pas à savoir. Je ne comprends pas pourquoi... Pourquoi juste ce mot ? Pourquoi aucune explication ? Et nos projets ? Et notre nouvel an ? Est c'qu'ils y on pensé une seconde ?


Je commence à m'endormir moi. Le mouvement continu du métro me berce, me transporte ailleurs, m'apaise presque... un peu. Mais impossible de décrocher « ... mon estomac se tord, mes yeux sont mouillés... » . Si seulement je pouvais tout changer, si seulement...

Toutes ces personnes qui me regardent, que pensent-elles de moi ? Encore une jeune paumé avec la tête d'un mec qui a passé sa nuit à se défoncer... . J'aurais envie de leur dire ce qui m'arrive, mais tout le monde s'en fout, je rabâche ça à tous mes potes, le camp le camp le camp ...à toutes les personnes que je croise, tout le monde s'en fout, j'emmerde tout le monde avec mon histoire, histoire relativement banale mais qui fait souffrir... Je sais que je suis pas la premiere à passer par-là, mais putain ça fait mal... Alors depuis quelques temps je la ferme, je garde ça pour moi, je vis avec ça, de toute façon j'ai pas le choix. J'ai un mini Hiroshima à l'intérieur de moi... J'veux crever. Putain j'veux crever les mecs...J'en viens à espérer que le métro déraille ou qu'un taré me bute. Ce serait si simple... Mais voilà ils sont tous là, à pas dire un mot, à se tenir à cette rampe. « Est ce que quelqu'un aurait la gentillesse de presser la détente ? »...


je veux pas devenir adulte moi, je veux vivre des amours d'enfants. Quand t'es gosse ça se cantonne à des petits bisous, on se tient par la main, on se sourit, pis quand ça va plus, on pleure un bon coup, on fait un câlin à sa mère, pis ça repart. Le problème quand tu grandis, c'est que tu dois retrouver un appart, déménager, faire le tri dans tes affaires, et puis malgré tout trouver la force d'aller bosser, de faire mine que ça va, mais en fait d'en chier comme c'est pas permis chaque seconde, à penser, repenser mille fois aux même choses, regretter tes erreurs passées, t'interroger sur ce qu'aurait été ta vie si t'avais été moins con ...

je me souviendrai ... calanques je vous aime

# Posté le dimanche 23 août 2009 14:28

Modifié le mercredi 23 septembre 2009 14:27

jimmy <3

"dling " la porte de la petite boutique de confiserie s'ouvrit pour la première fois. Voilà quelques heures à peine que Mademoiselle Garraud eût ouvert son magasin c'était un monde haut en couleurs ou nos yeux gourmands faisaient des tours. Le rose, le vert, le jaune et le bleu s'empilaient derrière la vitrine aux macarons

Derrière le comptoir, on pouvait observer les tâches marron du chocolat et du caramel encore fondant et chaud dans leurs papiers.
La jeune fille était tout aussi attirante dans son petit tablier a carreau rouge et blanc elle ressemblait à une poupée,et souriait à l'arrivée de son premier client

Martin était âgé d'une vingtaine d'année vêtu d'un slim noir d'une chemise blanche et d'un chapeau en feutre qu'il portait les jours de beau temps.Il s'adressa à la vendeuse qu'il était venu ici par pur gourmandise il avait le sourire aussi blanc que les meringues posées sur le deuxième étalage de confiserie.Il contempla les vitrines et s'arrêta devant un somptueux éclair au café.il s'imaginait n'en faire qu'une bouchée mais prit par son rêve la porte d'entrée retentit à nouveau .La débarqua une jeune femme en robe avec fleur qui riait traînant avec elle sa petite « allez Coline dépêche-toi ! »on aurait presque dit que les rôles avaient étés échangés. On remarquait que l'enfant avait honte de sa mère,elle s'apellait Caroline elle venait ici pour un gâteau d'anniversaire de son tendre mari Gabin.Comme une gamine elle tournoyait faisant virevolter sa robe et claquant des talons sur le carrelage mauve de la boutique.
Martin fouillait alors dans son porte monnaie. Après avoir été accidentellement blessé lors de l'un de ses concerts dans ses innombrables tournées, il s'était retiré dans la campagne en espérant se remettre rapidement. En effet, il avait du mal a bouger sa main droite. Chance pour lui, il était gaucher. Quel gâchis d'un talent si prometteur.
Il acheta l'éclair au café, et en profita pour payer une religieuse en plus. Malgré sa fine silhouette, il était diablement gourmand. A croire qu'il ne grossirait jamais. Il vit les deux personnes restantes dans la salle et les salua d'une révérence osée emplie de grâce et de bonté. Puis, il sortit par la pore d'entrée en soulevant son chapeau Chaleureux et souriant. Puis il se rendit chez lui pour déguster son petit déjeuner. L'air était doux, le soleil sortait de la grisaille matinale. Cela allait être une belle journée.
Les habitants embarrassés d'un tell brouhaha s'intriguèrent au sujet de cette boutique.Soudain apparut Benjamin wheeler un grand homme d'affaire qui ne souriait jamais,riche il s'inquiétait qu'il y est un endroit plus intéressant que sa propre personne.Il haïssait Bertille sa boutique et ses horreurs qu'elle vendait pourtant ce jour là il était rentrer pour acheter une sucette au miel que sa mère aimait temps il s'énervait a l'idée qu'elle sois corrompue a cette propagande de sucre.Il sortit laissant le silence s'installer peu à peu.

Le village, trop peu important pour être nommé, n'était habité que d'une centaine de personnes, dans le nord ouest, près de l'océan atlantique et de la manche. Des enfants couraient sur la grand place. Près de l'église, la messe se terminait. Une foule de gens sortaient dehors avec la parole de dieu. Ici étaient placés les deux "saltimbanques" du village. Ils étaient armés d'une guitare et d'un chapeau. Jordane et Adrien, les frères. Comparé a Martin, leur musique n'était pas ressentie, elle était purement lucrative. "Des sous ! Des sous !" Se cachaient derrière les doux vers de "Lucie" qu'ils chantaient comme tous les mercredis du mois. Une journée pourtant banale. La jetés, située des kilomètres plus loin, était déserte, excepté une silhouette. Celle de Martin. Lui aussi avait sorti sa guitare, et tentait de réapprendre a jouer malgré sa main droite.Une petite silhouette s'en approcha. Elle lui tapotât l'épaule.
Le musicien se retourna et vit Lucas son manager petit et brun il portait des lunettes de soleil et il était vétut de sombres vêtements .Il était là depuis quelque heures, et le cherchait désespérément, il était temps de rentrer de retourner finir son album.Pourtant Martin n'en mourait pas d'envi il aurai préférer rester parmi ces gens émanaient la gentillesse.Mais il fallait se résignés a partir.Il aurait tant aimé retourné dans la petite boutique de bertille mais il n'avait plus le temps il fit un signe à la libraire Juliette dont la chevelure blonde s'emmêlait entre les pages et replongea son nez dans un passionnant manga.La voiture démarra il s'était promis de revenir ici un jour et il y resterai jusqu'à sa mort.Un silence de plomb s'abattu sur la petite place lorsque Roxanne arriva c'était la fille du maire et elle resplendissait a elle toute seule.Et tout le monde savait qu'il ne fallait point la brusquer de peur de bouleverser l'atmosphère au sein du groupe.Une sensation de bien être pesait sur la petite place. Personne n'osait bouger.
Roxanne se demanda si elle allait entrer ou non dans ce magasin ou tant de bonne odeur en sortait.En rentrant elle remarqua la porte de la cuisine entrouverte elle chercha à s'y infiltrés lorsque Bertille la contra et lui présenta Jérémie furieuse de n'avoir pas été la première à le connaître,elle prit une occupation tout autre et commença son interrogatoire auprès du pâtissier.Soulagée Bertille retourna prés des fourneaux, là tout était moins gai et colorée, une odeur poisseuse empestait la pièce,et la crasse s'accumulait sur les murs plafonds et plans de travaille cela ressemblait drôlement à un laboratoire...

"dling" la jeune femme sursauta elle ferma la porte a clef et sorti Mr wheeler était revenu presque un quart d'heure depuis sa dernière venu il fit une apparition moins froidement que la dernière fois et demanda à nouveau la même sucette ...En réalité l'homme adorait ces sucette c'était par pure jalousie qui n'osait le montrer

# Posté le jeudi 25 juin 2009 12:18

Modifié le vendredi 26 juin 2009 16:10

je fais l'indien malade XD

je fais l'indien malade XD
Caroline sentit un souffle frais sur sa nuque, puis le contact rugueux de la taie "toile métisse - garantie grand teint", une parure de draps à l'ancienne, un cadeau de sa belle-mère.

Elle ouvrit les yeux, à peine étonnée de se réveiller une fois de plus en pleine nuit. L'obscurité n'était jamais totale, jamais assez dense pour ne pas voir le gros corps allongé de son mari. Elle devra s'y habituer : elle était mariée à cet homme, mais aussi à toute une tribu bien pensante et prosaïque, sa belle- famille.

Elle n'avait pas très bien compris comment ce fils, conformiste et respectueux, avait osé défier les siens en l'épousant, mais elle était devenue sa femme et elle ne le regrettait pas.

Elle se leva lentement, sans bruit et gagna la salle de bain dont la fenêtre ouvrait sur le fleuve, la ville, les collines.

Elle respira les effluves nocturnes que le vent d'automne lui soufflait au visage. Caroline s'attarda à les identifier : l'odeur profonde de l'humus de la forêt où la décomposition était signe de vie, de vigueur plutôt que de mort , celle du bois brûlé par un voisin dans l'après-midi ou encore celle de l'herbe coupée.

Le vent - en parfumeur inattendu et imprévisible - brassait les senteurs dont elle ne percevait que les dominantes.

Elle avait toujours aimé le vent.

Elle le recevait avec gratitude lorsque, fatiguée, épuisée parfois, elle sortait de son travail nocturne. Elle lui offrait son visage et son cou et ouvrait son manteau à sa légère morsure. Elle aimait croire qu'il la lavait de l'odeur de sa condition.

Soudain, elle crut entendre le débit rapide du fleuve battre au loin. Elle craignait l'eau et s'en tenait toujours à bonne distance. On lui avait raconté que des femmes s'y étaient noyées, un jour, après une fête, une barque avait chaviré.... Elle n'avait pas osé poser de questions.

Elle imagina le courant toujours en partance, toujours agité, le frémissement sans retour... Elle se souvint de ce beau texte appris naguère "...plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots..." Elle aussi, elle avait dansé, elle avait joué sur les flots, elle avait joué avec sa vie et avait failli s'échouer. Ivre de liberté soudaine, elle s'était brûlée comme une phalène trop curieuse... Elle avait connu la rue, les rencontres hasardeuses, le trottoir... Il fallait bien vivre !

Une ambulance passa au loin. Elle aperçut l'étoile clignotante de son gyrophare sur le pont. Elle frissonna.

Le vent soufflait fort maintenant. Elle se rappela ses peurs d'enfants : certains soirs, un sapin - planté trop près de la maison - agitait ses branches dans un geste désespéré et cognait ses grands bras griffus contre la fenêtre de sa chambre. Elle se cachait de lui, voulait l'ignorer en étouffant sous ses couvertures. Elle s'endormait en emportant sa frayeur, les yeux mouillés et le visage tiré : elle savait que le bruit l'accompagnerait dans ses rêves.

Son enfance... inquiète, tourmentée, toute de questions sans réponse, lourde à porter.

Elle perçut un léger spasme et porta doucement la main sur l'arrondi de son ventre, la petite vie était éveillée, elle aussi.

Il serait sage de se recoucher.

Elle revint dans la chambre. Son compagnon avait à peine bougé. Elle s'allongea tout contre lui et sentit son souffle frais, ce souffle paisible qui la réveillait presque chaque nuit.

Sécurisée par ce grand corps abandonné, rassérénée par la pérennité des choses, elle se rendormit.

# Posté le mercredi 24 juin 2009 15:23

droguée à l'héllium

droguée à l'héllium
Depuis longtemps, trop longtemps, Martin est debout, immobile, le nez contre le mur, les mains croisées dans le dos. Il a été collé là par l'autorité parentale et il attend que se termine le repas de famille, que s'apaisent les rumeurs des convives attablés et sans doute un peu avinés.
Martin essaie de reconnaître aux sons le moment du repas. Il respire lentement, espérant capter les effluves des aliments. Il attend avec impatience celui du café qui annonce la fin proche du festin...

Un festin ? Pour les autres, peut-être, pour lui certainement pas !
Cela lui arrivait souvent d'être mise en quarantaine et pour des raisons très diverses. Aujourd'hui, c'est parce qu'il avait osé critiquer le repas préparé par sa mère en présence de toute sa famille depuis la disparition de son petit frère, Ils s'étaient donnés alors rendez vous pour garder espoir.
Il n'aimait pas cette cuisine trop grasse, lourde, trop épicée où le goût naturel des aliments était irrémédiablement masqué, la texture détruite par une cuisson bien trop longue et la présentation qui mêlait trop de choses...
Il l'avait dit ce midi, à voix haute, ferme et bien claire.
Il avait critiqué le pain (c'était la seule chose qu'il aimait) trop rassis, l'eau tiède de son verre, la qualité de l'entrée... Martin avait reçu quelques feuilles d'une salade verte, froissée, chiffonnée, généreusement additionnée d'huile, des tranches de tomates trop mûres et molles et ces choses gris rose qui puaient... des crevettes.

Il avait eu un irrésistible et bruyant haut le coeur qui avait scandalisé la cousine (qui n'avait pas d'enfant), ce qui avait motivé sa réclusion dans ce coin de la pièce.

De toute façon, il n'avait pas faim. Martin n'avait jamais faim quand il passait à table. Il glanait toute la journée des nourritures inédites, de préférence dans les jardins.
Ainsi, ce matin, il avait mangé une poire un peu dure encore mais déjà goûteuse. il avait aimé le fruit croquant qu'il avait dû mâcher longuement ; un peu granuleux vers la queue, il était de plus en plus sucré vers le centre. Il en avait croqué soigneusement chaque pépin, appréciant la finesse de l'amande. Puis, Martin avait sucé quelques tiges d'oseille. Leur acidité avait agacé sa bouche et sa salive... Il n'avait pu s'empêcher de frissonner et de fermer les yeux sous la morsure acide.

Il avait de nouveau ressenti ce picotement, presque douloureux, derrière les oreilles. Il était toujours rassurée par la stabilité des choses...
Ensuite, il avait testé un bâton de rhubarbe, pour comparer les deux saveurs.
Quelques pétales de roses, un peu de lavande terminèrent son repas.

Il avait pu alors rêver de nourritures plus étranges...
Il avait goûté à tout, ou presque : eau de mer, mouche, fourmi, toile d'araignée, neige, savon, peinture écaillée des conduites d'eau, sève des pêchers du voisin...

Il aurait aimé goûter les nuages. Il en imaginait le goût : barbe à papa, oeufs en neige, lessive mousseuse, crème fouettée, noix de coco, absence, vide, néant ? Quel goût pouvait avoir le néant ?
En ville, la neige avait un arrière-goût de poussière, fade, un peu décevant.
La mouche ? Après le craquement agréable sous la pression de ses dents, il avait reçu une giclée d'amertume brutale. C'était dit, Il n'y goûterait plus !
La sève des pêchers... quel bonheur ! Il fallait d'abord la cueillir à la surface des branches fraîchement coupées ; rouler entre les doigts cette boule collante et ambrée et l'enrober lentement de salive. La sève alors se délitait en laissant longtemps, très longtemps une impression huileuse, un peu gluante...

Comment se contenter alors de la nourriture que servait sa mère, chaque jour ?
alors lorsqu'on dédaignait l'accepter à table,il se dirigeait vers sa chambre et s'enfermait à clef.
Il parlait alors à son frère tout doucement il pleurait car il avait enfin trouver un goût dont il ne pouvait se passer...

# Posté le lundi 22 juin 2009 14:07

on a tous une douche a minuit dans le coeur

on a tous une douche a minuit dans le coeur
La nappe à carreaux rouges et blancs retenait toute son attention. Elle grattait une tache invisible pour les autres, étendue pour elle.

Elle s'entêtait à effacer un relief inexistant.

Elle venait ici tous les jours, après les heures de bureau. Elle y restait peu, 30 ou 40 minutes. Le temps de se retrouver, de puiser quelques forces devant un café noir qui l'empêcherait de dormir. De toute façon, elle dormait peu.

Elle n'avait jamais bien dormi, même avant.

Elle tournait longuement la cuiller dans le liquide pour y dissoudre le morceau de sucre. Le rythme machinal et lent du geste, le petit sillon éphémère creusé en surface entraînaient ses pensées.



Elle descendait lentement dans sa réflexion, là où les mots ne sont plus nécessaires parce que le partage n'est plus possible. Elle descendait dans son intimité frileusement fermée. Elle atteignait la naissance de sa tristesse, la racine de ses souvenirs, la boue de sa vie. Elle portait un regard toujours critique sur ses pensées, une introspection douloureuse, parfois. Elle mesurait chaque fois sa force et ses faiblesses, sa volonté et sa veulerie.



De temps à autre, elle regardait distraitement les autres consommateurs ou s'attardait dans l'observation d'une scène amusante ou pitoyable dans son indécence. Ces gens se perdaient en discussions vaines ou s'égaraient en propos obscurs, insensés, incohérents, oubliant toute pudeur.

Mais les autres l'intéressaient de moins en moins. Elle avait trop à faire avec sa vie, avec son désespoir et ses illusions, ses promesses et ses espérances.



Que les choses variaient vite, comme elles nous échappaient !

Avant, ils étaient cinq, puis quatre, puis une. En quelques mois, ce qui composait une famille, sa famille, avait disparu.

La mort de l'un, le départ quasi simultané des autres l'avaient désorientée. Une échappée soudaine, comme si la mort avait lâché le lien qui les tenait, qui les réunissait. Les autres étaient partis si rapidement ! On aurait pu penser qu'ils n'attendaient que le moment propice pour s'égailler, et ce moment était un décès, brutal, violent.

Elle était restée seule, responsable de sa vie, de sa prison mentale aussi.

Et cela, elle n'avait pu le supporter.

Elle avait choisi un masque de fierté indifférente pour s'éloigner, pour se replier, pour cacher son chagrin. Elle avait choisi d'effacer ses relations, d'ignorer ses amis, de s'isoler pour mieux comprendre les événements, pour ne plus les subir, pour être libre de choisir la prochaine fois. Choisir quoi ? Elle n'en avait pas la moindre idée ! Mais cet isolement, ce détachement lui donnaient une impression de liberté.

Par habitude, plutôt que par goût, par nécessité aussi, elle avait continué sa vie professionnelle monotone, sans ambition. Peu à peu, elle avait perdu de vue ce point qui aide chaque homme à grandir, qui le pousse à aller un peu plus avant chaque jour, qui l'incite à se dépasser. Elle avait perdu ses repères. Elle était atone, morne, défaite. Elle s'ennuyait, elle n'avait plus de projet. Demain, pour elle, sera le double d'hier ou son ombre et aujourd'hui était sans âme, sans relief.

Elle oubliait de vivre.



Elle venait chaque jour, dans ce café après les heures de bureau, pour faire une pause, pour prendre des forces avant de retrouver la solitude destructrice qui lui tenait lieu de famille, désormais. Elle venait ici chaque soir avant de plonger dans son gouffre.



Ce soir, en entrant dans le café, elle fut étonnée et un peu contrariée aussi d'y découvrir une nouvelle serveuse. Elle s'était habituée au vieux serveur grognon tout aussi mutique qu'elle. Elle s'asseyait, il posait immédiatement, devant elle, la tasse de café noir et le sucre, sans un mot, sans un sourire.

"Et si je voulais autre chose ?" avait-elle pensé à plusieurs reprises. Mais elle n'avait plus de désir nouveau.

La répétition, l'uniformité étaient confortables et, seules, la rassuraient.



La nouvelle l'avait saluée d'un bonsoir sonore. Elle s'était surprise à y répondre d'une voix claire qu'elle ne se connaissait plus depuis longtemps

# Posté le mardi 02 juin 2009 08:00